2026 est une année pleine d'espoir. Le Nigéria est à la croisée des chemins. De sombres nuages menaçants planent dangereusement à l'horizon sur le pays.
Si l'insécurité qui règne actuellement dans certaines parties du pays persiste et dégénère en inondation, le Nigeria pourra soit « couler », soit « nager », selon la manière dont il gérera la crise.
Le pays est assiégé par des migrants étrangers traversant les frontières poreuses du Nigeria, leurs bagages remplis d'armes et de munitions attisant les braises de la crise à travers le pays.
La crise croissante et la vulnérabilité des jeunes
J'ignore le nombre d'enfants non scolarisés au Nigéria actuellement, mais en 2002, on l'estimait entre 13 et 18 millions. Mon pays affichait alors le taux d'analphabètes le plus élevé au monde. C'était une statistique honteuse et alarmante.
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Ainsi, lorsque les Nations Unies ont créé une unité spéciale en leur sein en 2002 dans le cadre de leur programme des Objectifs du Millénaire pour le développement, elles devaient avoir le Nigéria à l'esprit, un pays assis près d'une bombe à retardement prête à exploser à la moindre crise !

À cette époque, la situation dans les régions les plus touchées du Nigeria faisait de l'État de Borno l'environnement idéal pour le recrutement de jeunes oisifs débordant d'énergie, prêts à mettre en œuvre un programme satanique.
La montée en puissance de Boko Haram et le pouvoir des outils non invasifs
C’est ainsi et pourquoi « Boko Haram » a trouvé dans le nord-est du Nigeria des « mercenaires » faciles à recruter et prêts à mener ses guerres intestines.
L'ONU était débordée par les crises et les défis. L'organisation a également reconnu le pouvoir des outils d'influence douce pour faire face à nombre de ces difficultés qui touchaient les jeunes, en leur donnant les moyens de se défendre avec passion. Le sport a joué un rôle moteur dans la fourniture de ces outils. Parmi les autres acteurs de ce secteur figuraient la musique, la danse, le cinéma, les technologies de l'information, les arts, le tourisme, la culture, la gastronomie, la mode et les personnalités publiques.
C’est ce que l’ONU a constaté et a créé une unité spéciale chargée de déployer le sport comme une arme dans son programme en 8 points pour l’éradication de l’analphabétisme, du chômage, de la faim, de la pauvreté, des inégalités et des maladies (VIH/SIDA) d’ici 2015 !
Le sport comme outil mondial d'émancipation des jeunes
Il s'agissait d'une reconnaissance mondiale du pouvoir et de la capacité du sport à relever certains des défis les plus graves au monde en impliquant les jeunes et en les rendant plus productifs. La stratégie était simple : les éloigner des vices et des plaisirs faciles de la société et les orienter vers des activités qui les passionnent et qui leur offrent des perspectives nouvelles, stimulantes et lucratives dans un monde en pleine mutation. Le nouvel ordre mondial est désormais une réalité, même si les objectifs fixés il y a 25 ans n'ont pas encore été atteints au Nigéria.
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Au contraire, la situation s'aggrave. L'insécurité qui règne actuellement au Nigéria menace la paix et l'unité du pays noir le plus peuplé du monde ! Et, conformément aux recommandations de l'ONU de 2002, une part importante de la solution reste lettre morte, victime de la négligence et de l'ignorance.
Le sport et les efforts de mobilisation des jeunes des Nations Unies
J'étais à la conférence de l'Université de Rhode Island, aux États-Unis, lorsque l'ONU s'est adressée aux jeunes (étudiants de moins de 17 ans) de 157 pays et les a mis au défi d'assumer le rôle de leader, de diffuser le message du sport et de devenir les outils à déployer pour faire avancer l'agenda mondial.
Même la FIFA s'y est mise. J'ai participé à la campagne « Un but, l'éducation pour tous » lancée à la veille de la Coupe du monde 2010 afin de promouvoir l'agenda des Nations Unies à travers le monde grâce au football. La plupart des dirigeants mondiaux sont devenus ambassadeurs et ont contribué à sa diffusion.
SOCA : Une expérience pratique d'éducation par le sport
À ma modeste échelle, j'ai assumé ma mission d'ambassadeur en 2002, en allant bien au-delà des simples déclarations d'intention. De retour au Nigéria, j'ai semé les graines d'une école de sport afin de contribuer à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies. L'objectif est que cette école de sport unique en son genre, dotée d'un mandat spécifique, devienne à terme un modèle pour les petites et grandes communautés du Nigéria.
C’est ainsi qu’est né le SOCA, le « Segun Odegbami International College and Sports Academy » (SOCA), un établissement secondaire mixte situé à Wasimi, dans l’État d’Ogun. Ici, les élèves peuvent s’adonner pleinement à leurs passions : le sport (mais aussi le cinéma, la musique, la photographie, la danse, le théâtre, la mode, l’informatique, etc.). Dans cet environnement, un programme d’activités parascolaires rigoureux est mis en place, intégrant un cursus académique conçu et dispensé de manière à faciliter l’apprentissage.
Le sport comme modèle d'intégration nationale
L'objectif à long terme était qu'une école performante devienne un modèle adaptable et reproductible ailleurs, par exemple une dans chacune des 6 zones géopolitiques, ou une dans chaque État, ou même une dans chaque zone de gouvernement local.
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Les écoles spécialisées dans le sport et l'acquisition de compétences (à l'instar des écoles militaires) incitent les enfants à mettre de côté toutes les différences (religieuses, tribales, ethniques, sociales, etc.) comme principal gage de réussite, à se concentrer sur un objectif commun et à travailler en équipe pour atteindre le succès. Il n'y a pas d'autre voie vers la réussite sportive. Les jeunes doivent se tenir à l'écart des milieux malfaisants. Leur épanouissement ne peut reposer que sur la paix, l'unité, le travail acharné, la discipline et une amitié durable.
Une stratégie éprouvée aux résultats démontrés
SOCA s'est donné pour mission de tester l'efficacité de ce théorème simple, promu par l'ONU, pour atteindre des objectifs ambitieux susceptibles de changer le monde. Mon pays se devait de l'adopter, de le tester et de le mettre en pratique s'il s'avérait efficace.

J'ai déjà raconté cette histoire plusieurs fois. Je la répète ici encore.
Il y a de nombreuses années, j'ai proposé l'idée d'une expérience au gouvernement de l'État de Borno. Nous avons convenu d'un accord et avons sélectionné au hasard cinq garçons déscolarisés dans cette région du Nigeria touchée par Boko Haram. Ces garçons ont été choisis pour leur passion du sport et leur volonté de réussir dans ce domaine tout en bénéficiant d'un accompagnement scolaire adapté. Ils devaient passer leurs trois dernières années de lycée au sein du SOCA.
Transformer des vies par le sport et l'éducation
Attirés par le rêve sportif, les garçons quittèrent leur État pour la première fois vers l'âge de 13/14 ans, enterrèrent leurs peurs et leurs préjugés, arrivèrent au cœur du pays Yoruba, relevèrent les défis et s'adaptèrent aux conditions, se concentrèrent sur leur sport tout en bénéficiant d'un enseignement académique « à la carte ».
Après avoir suivi ces programmes spécialement conçus, 3 des 5 garçons ont réussi l'examen du certificat scolaire d'Afrique de l'Ouest, ont poursuivi leurs études à l'université et ont obtenu leur diplôme.
Entre-temps, tous les cinq sont toujours dans le sport, et le cours de leur vie a changé pour de bon, à jamais.
L’occasion manquée et l’insécurité persistante au Nigéria
Cette expérience menée au sein de la SOCA, et bien documentée pour la postérité, demeure la preuve la plus flagrante et la démonstration la plus simple du pouvoir du sport comme outil de lutte contre l'illettrisme. Ce pouvoir repose sur la scolarisation des enfants, leur maintien à l'école, l'accès facilité à un enseignement plus accessible et/ou l'acquisition de compétences entrepreneuriales dans d'autres secteurs. Le résultat est sans appel : aucun de ces cinq jeunes n'a fini dans les forêts de Sambisa à kidnapper, tuer ou enlever des personnes, ni à participer à une guerre de religion !
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C'était un plan ingénieux et un programme qui a fonctionné. On en trouve la preuve à Wasimi, près d'Abeokuta dans l'État d'Ogun, et à Imole Ogbo, dans l'État d'Osun. Chacun peut s'y rendre et constater par lui-même ces petits projets porteurs de grandes ambitions.
Le drame, c'est que le résultat de l'expérience ait été minimisé, enfoui sous le sable de la négligence, de l'ignorance, voire d'un manque de compréhension de la place des outils de soft power dans un nouvel ordre mondial.
Le sport et le soft power comme outils de défense nationale
Le soft power est une réponse idéale aux défis que rencontrent certaines régions du Nigeria, encore en proie à l'insécurité.
Le président américain, Donald Trump, a lancé des menaces acerbes qui ont provoqué plusieurs développements intéressants.
Un nouveau shérif a également été nommé pour superviser la suite de la riposte du Nigeria.
Un général issu d'une famille de sportifs
Je suis particulièrement enthousiaste quant au choix de ce général militaire méritant et expérimenté, dont les qualifications, compétences, intégrité, sens politique, vision, connaissance du terrain, etc., répondent à tous les critères, pour diriger le ministère de la Défense à ce moment précis.
C'est parfait !
Ce qui est particulièrement enthousiasmant, c'est que le général Christopher Musa possède un très riche pedigree dans le domaine sportif.
Le sport et l'avenir de la stratégie de sécurité du Nigéria
Il est donc temps de réexaminer le programme des ODD des Nations Unies et de voir comment le sport et d'autres outils de soft power peuvent apporter leur contribution, par un déploiement stratégique et une collaboration avec d'autres agences gouvernementales, afin de réduire puis d'éliminer cette menace existentielle d'insécurité qui plane sur le Nigéria comme le légendaire albatros du poème « La Complainte du vieux marin » de Samuel Taylor Coleridge.

